Où va notre système de santé ?

Actuellement, la médecine est écartelée entre :
- D'une part une vision économiste anticipatrice des problèmes de société et de bien commun ;
- Et, d'autre part, une vision juridique a posteriori d'un problème donné et du bien particulier.

En effet, on retrouve dans le service public de plus en plus le mot rentabilité en fermant des services ou en réduisant l'activité des uns et des autres. Partant du principe que l'offre de soins crée la demande, on tente de limiter l'activité médicale d'où la saturation de certains services qui a atteint son point culminant lors de la cannicule de cet été 2003. Il est vrai qu'il n'est plus possible de savoir si le patient a de la fièvre quand le thermomètre est cassé. Certes, on réduira la consommation d'antipyrétiques mais cela n'empêchera pas pour autant pour le patient d'être fébrile et de souffrir.

A l'autre extrémité, lorsque le problème est arrivé, on retrouve la justice qui ne se préoccupe aucunement des questions de société et qui ne s'interroge qu'à posteriori lorsque le diagnostic final est hélas établi. Les questions deviennent : face à ce cas précis et sans tenir compte du reste, aviez vous ou non la possibilité de faire quelque chose et pourquoi ne l'avez vous pas fait ?
Il est ainsi aisé de porter plainte contre un SAMU qui a reçu un appel imprécis, incomplet ou même noyé dans un grand nombre d'appels sans gravité de personnes exigeant une guérison immédiate à leurs problèmes.

Cela amène à la question essentielle : Est-ce le rôle du service public que de s'occuper de ce qui est rentable ?
La fonction publique a un rôle d'arbitrage, de régulation doit s'occuper de tout ce qui est nécessaire à la bonne marche d'une collectivité mais qui précisément n'est pas spontanément rentable. Qui par exemple va spontanément acheter une benne à ordures pour évacuer les déchets ménagers et industriels de sa ville ? Personne, sauf si le traitement des déchets permet un retour de l'investissement initial ; et pourtant, dans le cas contraire, il est indispensable de s'occuper de la salubrité.
Le problème est le même au niveau d'un hôpital public : il doit précisément s'occuper de tout ce qui est indispensable aux patients d'une collectivité mais qui, dans les critères de remboursement qui sont actuellement les nôtres ne sont pas rentables et ne permettent pas à une personne ou un groupe d'y investir des capitaux. Les études médicales si on désire garder une quasi gratuité de l'enseignement et la liberté d'installation des futurs médecins n'a aucune rentabilité directe mais est pourtant indispensable afin d'assurer la permanence de l'activité de soins. C'est une mission du service public. Au même titre, les activités nécessaires pour assurer les soins nécessaires à tous les patients mais "non rentables" car couteuses, soit en personnel, soit en moyens techniques sont du domaine du service public.
Cessons donc de parler de "rentabilité" du service public car précisément ce qui est rentable n'a pas sa place dans le domaine public mais réfléchissons plus à une bonne gestion des activités non rentables mais indispensables à la collectivité.

Il ne sert plus à rien de dire : "la santé n'a pas de prix" suivie de "la santé n'a pas de prix mais a un coût" pour maintenant ne fixer que des objectifs économiques de réduction de budget.

A quand une réflexion sur la place des différents partenaires du système de santé ?
A quand une réflexion sur les choix et les objectifs à atteindre en matière de santé ?

Retour